On a commencé il y a cinq ans avec des Baumann bistrot classiques, comme tout le monde. Aujourd'hui, quand on rentre du Baumann, c'est que la pièce sort de l'ordinaire. La plus sage que tu trouveras chez nous, c'est une Traineau. Voilà pourquoi, et comment reconnaître celles qui valent le détour.
Une usine suisse dans le Doubs
La manufacture est fondée en 1901 à Colombier-Fontaine, dans le Doubs, par Émile Baumann, un industriel suisse venu d'Horgen. Elle commence par fabriquer des chaises pour enfants, avant de se diversifier vers les chaises de bistrot, les porte-manteaux et les guéridons.
Le savoir-faire qui fera sa réputation arrive à la fin des années 1900 : le bois courbé, obtenu par étuvage puis pliage. C'est ce procédé qui donne ces dossiers d'un seul tenant qu'on reconnaît au premier regard. En 1957, l'usine inaugure un atelier de contreplaqué moulé, qui ouvre la porte aux formes plus sculptées des décennies suivantes.
Dans les années 60, Baumann emploie 500 personnes et sort 500 000 chaises par an. Ce chiffre explique tout le reste : pourquoi on en trouve encore partout, pourquoi les prix restent sages, et pourquoi il y a autant de banalité sur le marché. Quand une usine produit un demi-million de chaises par an pendant des décennies, l'essentiel de ce qui circule aujourd'hui est ordinaire.
La maison est vendue en 1991, rachetée en 1993, dépose le bilan en 2000 et ferme définitivement en décembre 2003. Un siècle de production, et c'est fini.
Pourquoi on ne rapporte plus de bistrot
La bistrot est la Baumann que tout le monde connaît, et c'est aussi celle qu'on trouve dans toutes les brocantes de France, par lots de vingt, souvent dans le même état et à peu près au même prix. Elle est solide, elle est honnête, et elle n'a rien à raconter que des milliers d'autres ne racontent déjà.
On en a vendu beaucoup au début. Aujourd'hui on passe notre tour, sauf exception. Ce qu'on cherche, ce sont les séries plus rares, les modèles signés, les teintes qu'on ne voit pas ailleurs, ou simplement un lot dans un état qui sort du lot. Le reste, on le laisse.
Concrètement, ça veut dire que la Traineau est notre entrée de gamme. Si tu cherches quatre chaises de bistrot pour une cuisine, tu les trouveras moins cher ailleurs et c'est très bien comme ça. Si tu cherches une série avec du caractère autour d'une table à manger, on est au bon endroit.
Les modèles qui valent le détour
La Bémol, que tout le monde appelle Traineau. Commençons par lever une confusion très répandue : « traîneau » n'est pas un nom de modèle, c'est la forme du piétement, ces deux patins qui filent d'avant en arrière au lieu de quatre pieds séparés. Le vrai nom du modèle chez Baumann, c'est Bémol. Tout le monde dit traîneau, nous les premiers, parce que c'est le mot que les gens emploient. Mais si tu vois une annonce qui parle de Bémol, il s'agit de la même chaise.
Dossier bandeau, assise tapissée, c'est le modèle des salles à manger des années 60 et 70. Elle se décline en hêtre clair, en teinte moyenne, en ébène, et parfois en palissandre. Le palissandre est le seul vraiment recherché.
La Pégase. Dossier haut, ligne tendue, presque graphique. Elle est attribuée à Pierre Guariche, qui a travaillé pour la maison, et c'est celle qui a le plus de présence. Compte 86 cm de haut : elle se voit dans une pièce, et elle change complètement l'allure d'une table.
La Menuet, la Halfa, la Fontania. Plus fines, souvent scandinavisantes, avec des piétements compas. Ce sont celles qu'on prend quand on veut une Baumann qui ne ressemble pas à une Baumann.
La Gondole. Dossier enveloppant et arrondi, silhouette plus douce que la Traineau. Elle passe bien avec du bois massif rustique.
Et il y a les tables, qu'on oublie souvent. Baumann en a fait de très bonnes, rondes ou ovales à rallonges, dans un esprit scandinave qui surprend quand on ne connaît la maison que par ses chaises de café.
Comment reconnaître une vraie
Le réflexe, c'est de retourner la chaise et de regarder sous l'assise. Tu peux y trouver trois choses : une étiquette en papier marquée Baumann ou Made in France, parfois avec un numéro, un tampon à l'encre directement sur le bois, ou plus rarement une marque au fer.
Mais l'absence de marque ne veut rien dire. Beaucoup de modèles sont sortis d'usine sans étiquette, et celles en papier ont largement disparu en soixante ans. Une chaise non marquée n'est pas une copie, c'est une chaise non marquée.
Ce qui est plus fiable, c'est la fabrication :
- Aucune vis apparente. Les assemblages sont menuisés, pas boulonnés.
- Du hêtre massif. C'est l'essence de base de la maison, choisie parce qu'elle supporte le cintrage à la vapeur. On trouve aussi de l'orme sur certaines séries.
- Un vernis qui laisse voir le bois. Le veinage reste lisible. Une finition opaque et épaisse n'est pas dans les habitudes de la maison.
- Un dossier cintré d'un seul tenant, avec une courbe régulière et continue.
Les dimensions, et ce qu'elles changent
On a mesuré toutes celles qui nous sont passées entre les mains. La dispersion est plus large que chez les danois, parce que les usages ne sont pas les mêmes.
- Hauteur d'assise : entre 44 et 50 cm
- Hauteur de dossier : entre 74 et 86 cm
- Largeur : entre 37 cm pour les bistrot et 53 cm pour les fauteuils
- Profondeur : entre 43 et 52 cm
Deux conséquences concrètes. D'abord, la largeur décide du nombre de couverts : avec des bistrot à 37 cm, une table de 160 cm en accueille quatre de front sans que personne ne se touche les coudes ; avec des Traineau à 49 cm, tu passes à trois.
Ensuite, certaines Baumann ont une assise haute, jusqu'à 50 cm sur certaines séries, là où la moyenne du mobilier de cette époque tourne autour de 45. Vérifie l'espace libre sous ta table avant de commander : il faut environ 17 à 18 cm de plus que la hauteur d'assise pour que les jambes passent. Une assise à 50 demande donc 67 cm sous le tablier, ce qui exclut certaines tables à ceinture basse.
Retapisser, et mélanger
Les modèles tapissés changent complètement de caractère selon le tissu, et c'est le grand avantage de ces chaises : l'assise se dévisse par-dessous, et la retapisser est un des travaux les plus simples qui soient. On le fait nous-mêmes sur une bonne partie des lots qu'on rapporte.
Sur le nombre, un dernier conseil. Les Baumann se mélangent très bien entre elles, parce que les proportions se ressemblent d'un modèle à l'autre. Quatre Traineau en hêtre clair avec deux en teinte ébène, autour de la même table, ça fonctionne. Mieux vaut un ensemble dépareillé aujourd'hui qu'un ensemble parfait qu'on attend six mois.
Ce qu'on a en ce moment
Comme on est devenus difficiles, notre stock de Baumann est souvent mince, et il change à chaque expédition. Ce qui est disponible aujourd'hui est ici :
Et si tu ne trouves pas ton bonheur, nos autres lots de chaises sont par ici. On y met la même exigence.