On a dix miroirs vintage en ligne en ce moment, dont huit scandinaves des années 60. C'est la famille qu'on nous achète le plus vite une fois qu'elle est en photo au bon endroit, et celle qu'on mesure le moins avant de commander. Un miroir a l'air simple : une glace, un cadre, deux vis au mur. Puis il arrive, tu le montes au-dessus du buffet, et il flotte au milieu d'un pan de mur beaucoup trop large pour lui.
Voilà ce qu'on regarde quand on en rapporte un. Le dos avant la face, l'assemblage avant la forme, et les cotes avant tout le reste.
Tous verticaux, tous étroits
On a mesuré les dix un par un, et le tableau est frappant de régularité. Les huit scandinaves font entre 35 et 45 cm de large. Leur hauteur, elle, va de 60 à 113 cm. Autrement dit : ce sont des bandes verticales, et la largeur ne bouge quasiment pas d'une pièce à l'autre.
Ça change tout à l'usage. Un miroir de 38 cm de large se case dans un couloir, entre deux portes, sur la seule bande de mur libre d'une chambre. C'est le format le plus facile à loger de tout le mobilier vintage, et c'est pour ça qu'on en rapporte à chaque fois.
Les deux exceptions du stock sont un rond en hêtre de 51 cm de diamètre et un cadre en pin massif à tablette, 64 cm de large.
Le dos en dit plus long que la face
Retourne-le. C'est le même réflexe que pour une chaise danoise, et il donne presque toujours quelque chose.
Les fabricants qui signent leurs miroirs existent et reviennent régulièrement sur le marché. Pedersen & Hansen, à Viby J., et Jansen Spejle sont les deux noms qu'on croise le plus souvent au dos des miroirs danois en teck de cette période. Une étiquette papier, un tampon encré, parfois une plaque métal.
Il y a aussi un repère de datation que peu de gens connaissent : le contrôle qualité danois. Le Dansk Møbelkontrol naît en 1959, à la demande des revendeurs américains qui voulaient une garantie à mesure que les exportations danoises explosaient. Son logo rond a changé de formule en route. Les exemplaires de 1963 portent la mention Danish Furnituremakers' Control, ceux de la fin des années 70 Danish Furnituremakers' Quality Control. Le mot Quality ajouté, c'est une fourchette de dix ans gagnée d'un coup d'œil.
Ce qui ne prouve rien, en revanche : la mention « Made in Denmark » seule, et la forme du cadre, que tout le monde copiait.
L'assemblage, le juge de paix
La différence entre un vrai cadre d'ébéniste et une baguette de moulure se voit aux quatre angles, et elle se voit en deux secondes.
- Les tenons chevillés. Le montant traverse la traverse, et une petite cheville de bois vient bloquer l'assemblage. Elle est visible, elle est assumée. Notre miroir de 45 × 80 cm les porte aux quatre angles.
- Les tenons saillants. Même principe, mais le montant dépasse légèrement au lieu d'affleurer. Un parti pris d'ébéniste qui donne une petite ombre à chaque angle.
- Le galbe. Des angles arrondis dans la masse demandent une vraie découpe. Sur un cadre standard, les angles sont vifs et l'onglet est simplement collé.
- Le bois massif. Regarde le chant du cadre : le veinage doit continuer de la face vers la tranche. S'il s'arrête net sur une ligne, c'est du placage.
L'argenture, et pourquoi les vieilles glaces tiennent si bien
Depuis que le chimiste allemand Justus von Liebig met au point l'argenture chimique en 1835, un miroir se construit en couches superposées au dos du verre. Cet empilement décide de sa longévité.
D'abord l'argent, déposé au dos du verre. Puis, sur les miroirs traditionnels, une couche de cuivre qui vient protéger l'argent. Puis une ou deux peintures de dos qui scellent l'ensemble. Les miroirs contemporains ont abandonné le cuivre pour des chimies de passivation, pour des raisons d'environnement et de durabilité. Cette couche de cuivre, c'est exactement ce que certains dos danois annoncent noir sur blanc, et c'est une vraie différence de fabrication.
Ce qui abîme un miroir, c'est l'humidité et les composés soufrés de l'air qui finissent par franchir la peinture de dos et atteindre l'argent. La dégradation commence toujours par les bords, parce que c'est là que l'humidité entre le plus facilement.
D'où le seul examen qui compte à l'achat. Une glace qui a pris une patine douce et uniforme sur toute sa surface, c'est le charme d'un miroir de soixante ans qu'on garde tel quel. Des traînées noires franches qui remontent depuis un bord, c'est une argenture qui s'en va, et elle continuera. On le dit pièce par pièce dans nos fiches, parce que les deux se ressemblent sur un écran.
Teck, palissandre, hêtre
Le teck domine les années 50 et 60 danoises, et c'est le bois de presque tous les miroirs qu'on rapporte. Veinage chaud, teinte qui bouge avec le temps : certains foncent, d'autres s'éclaircissent jusqu'à un effet cérusé naturel. Nos cadres teck vont de 150 à 390 euros selon la taille et le travail d'ébénisterie.
Le palissandre est plus rare sur un miroir que sur une enfilade. Son veinage est plus profond, plus dessiné, et un cadre fin en palissandre a une présence qu'un teck de même dimension n'aura pas. Le nôtre fait 39 × 72 cm.
Le hêtre arrive plus tard, dans les années 70 et 80, avec des formes qui s'arrondissent. Notre rond en hêtre est une pièce des années 80 assumée comme telle, et elle coûte moins cher.
Les mesures à prendre avant d'accrocher
La hauteur d'abord. Les accrocheurs professionnels travaillent sur une ligne située entre 150 et 155 cm du sol, qui correspond à la hauteur des yeux d'un adulte debout. On y place le centre du miroir. Au-dessus d'un meuble, cet axe descend de 10 à 15 cm pour que le miroir reste lié à ce qu'il surplombe.
Fais le calcul à l'envers, c'est plus simple : pour un miroir de 103 cm de haut centré à 145 cm, le bord bas tombe à 93,5 cm et le bord haut à 196,5 cm. Si ton buffet fait 80 cm, il te reste 13,5 cm d'air entre les deux, et c'est à peu près l'écart qui fonctionne.
Le poids ensuite, parce qu'il décide de la fixation. Le verre pèse autour de 10 kg par mètre carré en 4 mm d'épaisseur, 15 kg en 6 mm. Notre plus grand miroir, 37,5 × 113 cm, embarque donc à peu près 4 kg de glace, plus son cadre en teck massif. Une cheville correcte encaisse ça sans discussion, à condition de viser autre chose qu'une plaque de plâtre nue.
Au-dessus d'une enfilade, le piège de la largeur
C'est l'erreur qu'on voit le plus souvent, et elle vient directement du format décrit plus haut.
Une enfilade scandinave fait couramment entre 150 et 200 cm de long. Un miroir danois de 38 cm de large posé au-dessus couvre un quart du meuble, et l'ensemble sonne faux. Le repère courant demande que l'objet accroché occupe à peu près les deux tiers de la largeur du meuble, ce qui réclamerait ici un miroir de 100 à 130 cm. On en croise, mais le Danemark des années 60 en produisait très peu en série.
Deux façons de s'en sortir. Soit tu accroches le miroir vertical ailleurs, dans l'entrée, le couloir, la cage d'escalier, là où sa forme est un avantage. Soit tu en mets deux ou trois côte à côte au-dessus du meuble, espacés de 10 à 15 cm, et tu obtiens une composition qui tient la largeur. Nos huit scandinaves se marient entre eux sans se ressembler, et un trio dépareillé est souvent plus beau qu'un grand miroir unique.
Ce qu'on a en ce moment
Nos miroirs sont mesurés un par un, largeur, hauteur et épaisseur du cadre, et l'état de la glace est décrit pièce par pièce. Les quatre ci-dessous couvrent l'essentiel : un teck à tenons chevillés pour l'assemblage, un palissandre pour le bois, un vertical allongé pour les couloirs étroits, et le plus sculptural de la série.
Et si c'est le meuble qui va dessous qui te manque, les enfilades et buffets sont par ici. On donne leurs longueurs, ce qui te permet de faire la règle des deux tiers toi-même avant de commander.